Hôtel Saint François, secrets et renaissance d’un trésor de Bordeaux

découvrir les secrets de l'hôtel saint François

L’hôtel Saint François est très certainement l’un des bâtiments privés des plus connus par les bordelais. Cet immeuble unique en son genre, à l’angle de la rue du Mirail et de la rue Saint François, a toujours su susciter l’interrogation chez le passant.  Que cache cette façade semblant harmonieuse et pourtant si éclectique ? Que se passe-t-il derrière cette lourde porte de bois du XVIIIème siècle ?

Dans le cadre du programme Bordeaux, ville de pierre, l’association Renaissance des Cités d’Europe a organisé une visite du chantier de rénovation de cet hôtel. En ce 5 décembre, les architectes ayant oeuvré à la restauration nous ont révélé les secrets de ce bâtiment hors du commun.

 

 

Hôtel Saint François

Souvenez-vous, il s’agit de cet immeuble de rapport dans le quartier du Mirail, qui fut longtemps malmené, au grand désarroi des bordelais et des amoureux de l’histoire et du patrimoine de notre belle cité. Cet épisode sombre fait désormais partie du passé, le nouveau propriétaire, la SCI du Mirail Saint François, dirigée par Cyrille Latapy, a entrepris de grands travaux de restauration qui nous restituent toute la dimension de cette composition architecturale unique.

 

La petite histoire de l’hôtel Saint François

En 1656, apparait l’hôtel d’Estrades, ce lieutenant général, gouverneur de Guyenne et maire perpétuel de Bordeaux en 1653. C’est un vaste hôtel de 45 pièces (ici, il faut entendre hôtel particulier).

Au XIXème siècle l’immeuble est vendu. La ville en acquiert une partie afin de percer la rue Saint François et Antoine Audubert achètera la majeure partie du reste des lots. Il entreprendra la construction entre 1854 et 1868.

Le rez-de-chaussée accueillera divers commerces et les étages seront réservés à l’habitation. En 1866, il y avait 53 locataires dont la plupart étaient des artisans. Au XXème siècle, l’immeuble sera transformé en hôtel de voyageurs pour redevenir un immeuble d’appartements.

La succession de propriétaires entraînera une rapide dégradation de cet immeuble. En 2000, la SCI du Mirail Saint François se porte acquéreur et entreprend les travaux de réhabilitation.

En 2012, après une demande de classement aux monuments historiques, l’hôtel sera régi par les services de la CRMH (Conservation Régionale des Monuments Historiques). Cette intégration a permis une restauration importante intégrant les besoins fonctionnels actuels tout en respectant l’architecture du bâtiment. Un travail rendu possible par l’implication des différents opérateurs de cette réhabilitation, le propriétaire, la Drac, Denis Boullanger, architecte du patrimoine et la société Socra conductrice des travaux.

 

Antoine Audebert, constructeur de modèle d’exposition

Antoine Audebert est le fils d’un maçon et tailleur de pierre avec qui il a appris les métiers du bâtiment. Il avait ambitionné de rejoindre la société des Architectes de Bordeaux qu’il finira par ne pas intégrer. C’est en qualité « d’entrepreneur de bâtisse », qu’il tenta de faire preuve de ses aptitudes avec la construction de l’hôtel Saint François.

 

Un projet guidé par l’innovation

L’hôtel était à la pointe de la modernité à sa construction.

Antoine Audebert apportera l’eau courante à chaque étage. Cela coïncide avec le courant hygiéniste de la seconde moitié du XIXème siècle. C’est d’ailleurs à cette époque que l’on décidera la construction de nouveaux aqueducs et fontaines à Bordeaux (fontaine des 3 grâces, fontaine de la place du Parlement…) afin de pallier les difficultés d’alimentation en eau potable et les problèmes sanitaires que cela engendrait.

eau potable à tous les étages

Il éclairera la cage d’escalier au gaz et équipera les appartements de sonnettes électriques et de porte-voix. Serait-ce le premier interphone de Bordeaux ?

Au XIXème siècle, l’innovation en sidérurgie et l’avènement des chemins de fer permettent de réfléchir à d’autres méthodes de construction. C’est ce qu’Antoine Audebert essaiera de démontrer ici. Une partie de la charpente est en métal permettant la fixation de suspentes, métalliques bien sûr, qui soutiennent les planchers des différents étages. Poutres et autres barres en métal entreront dans la construction des façades notamment. Regardez bien au niveau de la porte rue du Mirail, vous pourriez être surpris.

Profitez-en pour observer de plus près les différents éléments de façades. Vous découvrirez que les gardes corps sont tous différents. Et c’est bien le cas. Antoine Audebert, récupérera ces ferronneries sur divers chantiers et les intégrera à sa construction. Il en va de même pour les ornements. Portefaix, aigle, cariatides, putti… sont tous des éléments de récupération qui ont été fixés sur la façade. Vous avez observé l’imposante porte de la rue du Mirail il y a quelques instants. Elle date du XVIIIème siècle et n’est pas d’origine non plus !

 

Trésors cachés et mystères

Franchissez la porte de la rue du Mirail, laissez-vous émerveiller les décorations de cette entrée et observez ces contremarches sculptées qui vous mèneront jusqu’à la cage d’escalier desservant les appartements.

 

Vous serez alors surpris par ces poteaux métalliques semblables à des rails portant l’escalier. Puis vous prêterez doucement attention aux marches recouvertes de dalles de calcaire et d’ardoise répondant au sol des paliers noir et blanc. C’est alors que vous verrez apparaître le garde-corps en pierre. Entièrement sculpté, vous y découvrirez des motifs décoratifs sur la face interne et de magnifiques bas-reliefs à l’extérieur. Ne cherchez pas forcément de suite logique dans ces illustrations mais parcourez les étages en quête de l’église Sainte-Croix, de la Grosse Cloche, de l’église Saint Seurin, de Saint Michel. Puis montez à bord de la locomotive de pierre pour admirer les quelques maisons dessinées par « l’entrepreneur de bâtisse » et son évocation de l’architecture à travers les âges.

cage escalier hôtel saint françois

grosse cloche escalier hôtel saint francois

En observant encore d’un peu plus près, plusieurs questions s’imposeront à vous. Vous vous interrogerez sur l’utilité de cette échelle, de ces anneaux dans la pierre ou encore de ces 5 cavités, des cale-pieds ? Mais pourquoi au nombre de 5 ? Des questions sur le passé de ce bâtiment qui trouveront peut-être leurs réponses dans le futur.

Il est autre chose qui n’aura pas échappé à votre œil avisé d’investigateur. C’est la présence de symboles sur la façade de la rue Saint François et dans la ferronnerie de la porte menant à la cage d’escalier. Symboles que l’on peut décrire comme la représentation d’une équerre et d’un compas. C’est en tout cas ainsi que ces outils auraient été représentés en franc-maçonnerie et quelques exemples comparables sont toujours visibles sur les façades de la ville (rue Frère, rue de Ruat, rue Fernand Philippart…) Mais Antoine Audebert était-il franc-maçon ou a-t-il voulu influer sur son intégration à la société des Architectes ou se considérait-il comme membre ? Ou est-ce un clin d’œil ou encore un pied de nez fait à cette corporation ?

Symbole escalier saint françois

 

Une histoire qui continue à s’écrire

Tout ceci, nous fait dire qu’il reste encore beaucoup de choses à découvrir sur l’hôtel Saint François et son créateur. Certaines de nos questions trouveront peut-être des réponses lors des recherches effectuées en vues des prochaines tranches de travaux. C’est en tout cas une affaire que toute l’équipe de Bordeaux Secret Défense suivra bien entendu de très près.

Dans l’attente, nous voudrions remercier l’association Renaissance des Cités d’Europe, Denis Boullanger, architecte du patrimoine et animateur de la visite ainsi que ses collaborateurs et Cyrille Latapy de nous avoir permis de visiter cet emblématique hôtel. Et nous sommes impatients de découvrir la suite !

 

Qui sont-ils ?

Association Renaissance des cités d'Europe

 

Denis Boullanger

 

CRMH

 

SOCRA

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